Guide pratique · Droit du travail

Rupture conventionnelle : étapes, délais et indemnité

La rupture conventionnelle permet à un salarié en CDI et à son employeur de mettre fin au contrat d'un commun accord. La procédure est encadrée : voici les étapes, les délais et ce que vous devez toucher au minimum.

Par la rédaction Avocat LexiaMis à jour le 8 min de lecture
En 30 secondes
Pour qui ?
Salarié en CDI et employeur d'accord pour se séparer
Délais
15 jours de rétractation, puis 15 jours ouvrables d'homologation
Indemnité
Au moins l'indemnité légale de licenciement
Chômage
Oui, sous conditions ; durée réduite depuis le 1er septembre 2026

Qu'est-ce qu'une rupture conventionnelle ?

La rupture conventionnelle est le seul mode de rupture d'un contrat à durée indéterminée (CDI) qui repose sur l'accord commun du salarié et de l'employeur. Ce n'est ni une démission, ni un licenciement : aucune des deux parties n'a à justifier d'un motif, mais aucune ne peut l'imposer à l'autre.

Elle ne s'applique pas aux CDD, et les ruptures conventionnelles collectives obéissent à d'autres règles.

Les étapes

La procédure se déroule toujours dans cet ordre.

  1. Un ou plusieurs entretiens. L'employeur et le salarié se rencontrent au moins une fois pour discuter des conditions de la rupture : date de fin du contrat, montant de l'indemnité, sort des congés payés restants. Aucune forme particulière n'est imposée. Le salarié peut se faire assister par un autre salarié de l'entreprise (représentant du personnel ou non) ou, s'il n'y a pas de représentants du personnel, par un conseiller du salarié.
  2. La signature de la convention. Les conditions retenues sont inscrites dans une convention de rupture, remplie en ligne sur le service TéléRC ou sur le formulaire Cerfa n° 14598. Elle est datée et signée par les deux parties, et chacune en garde un exemplaire.
  3. Le délai de rétractation de 15 jours. À partir du lendemain de la signature, chacun dispose de 15 jours calendaires (week-ends et jours fériés compris) pour changer d'avis, sans avoir à se justifier. La rétractation se fait par lettre à l'autre partie.
  4. La demande d'homologation. Le lendemain de la fin du délai de rétractation, la convention est transmise à l'administration du travail, en pratique via TéléRC. L'administration dispose de 15 jours ouvrables pour vérifier que la procédure a été respectée et que le consentement des deux parties est libre. Sans réponse dans ce délai, la convention est homologuée.
  5. La fin du contrat. Le contrat prend fin à la date prévue dans la convention, qui ne peut pas être antérieure au lendemain de l'homologation. Il n'y a pas de préavis à effectuer.

En pratique, comptez un peu plus d'un mois entre la signature et la fin du contrat. Prévoyez la date de fin en conséquence dans la convention.

Quelle indemnité toucher ?

Le salarié perçoit une indemnité spécifique de rupture conventionnelle. Son montant se négocie, mais il ne peut pas être inférieur à l'indemnité légale de licenciement, ou à l'indemnité prévue par la convention collective si elle est plus favorable.

L'indemnité légale se calcule ainsi :

Ancienneté Indemnité minimale
Jusqu'à 10 ans 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté
Au-delà de 10 ans 1/4 de mois par année pour les 10 premières années, puis 1/3 de mois par année supplémentaire

Le salaire de référence est le plus avantageux des deux montants suivants : la moyenne mensuelle des 12 derniers mois, ou celle des 3 derniers mois.

Exemple : un salarié avec 6 ans d'ancienneté et un salaire de référence de 2 400 € bruts doit percevoir au moins 6 × 2 400 × 1/4 = 3 600 €.

Le simulateur officiel du ministère du Travail, accessible depuis TéléRC, permet de vérifier le montant minimal selon votre situation. Si votre ancienneté est inférieure à 8 mois, ou si votre convention collective prévoit des règles particulières, faites préciser le calcul avant de signer.

À savoir : depuis le 1er janvier 2026, l'employeur verse une contribution de 40 % sur la part de l'indemnité exonérée de cotisations sociales. Cela ne réduit pas ce que perçoit le salarié, mais peut peser dans la négociation.

Chômage : quels droits après une rupture conventionnelle ?

Contrairement à la démission, la rupture conventionnelle ouvre droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE), si vous remplissez les conditions habituelles, notamment une durée minimale de travail avant la fin du contrat.

Attention, nouvelle règle depuis le 1er septembre 2026 : si votre contrat prend fin par rupture conventionnelle à partir de cette date, la durée maximale d'indemnisation est réduite.

Âge à la fin du contrat Durée maximale (métropole) Durée maximale (outre-mer, hors Mayotte)
Moins de 55 ans 15 mois (au lieu de 18) 20 mois (au lieu de 24)
55 ans et plus 20,5 mois 30 mois

Cette réduction ne concerne que les ruptures conventionnelles : elle ne s'applique pas à un licenciement. C'est un élément à prendre en compte avant de signer.

Le versement ne commence pas immédiatement : un délai d'attente et des « différés » s'appliquent, en particulier si l'indemnité perçue dépasse le minimum légal. France Travail calcule ces délais au moment de votre inscription.

Quand consulter un avocat ?

La procédure est simple sur le papier, mais un avocat en droit du travail est utile si :

  • vous hésitez entre rupture conventionnelle, démission ou licenciement ;
  • vous voulez négocier une indemnité supérieure au minimum ;
  • vous subissez des pressions pour signer, ou vous êtes en arrêt maladie, en situation de harcèlement ou de litige avec l'employeur ;
  • vous êtes salarié protégé, ou votre convention collective prévoit des règles particulières.

Une rupture conventionnelle peut être contestée devant le conseil de prud'hommes dans les 12 mois suivant l'homologation, notamment en cas de vice du consentement.

Questions fréquentes

La rupture conventionnelle réduit-elle mes droits au chômage ?

Depuis le 1er septembre 2026, oui pour la durée : pour un contrat rompu par rupture conventionnelle à partir de cette date, l'indemnisation est limitée à 15 mois avant 55 ans (au lieu de 18) et à 20,5 mois à partir de 55 ans, en métropole. Le montant de l'allocation n'est pas modifié.

Combien de temps dure une rupture conventionnelle ?

Comptez généralement un peu plus d'un mois entre la signature et la fin du contrat : 15 jours calendaires de délai de rétractation, puis jusqu'à 15 jours ouvrables d'instruction de la demande d'homologation. Le contrat prend fin au plus tôt le lendemain de l'homologation, à la date prévue dans la convention.

L'employeur peut-il refuser une rupture conventionnelle ?

Oui. La rupture conventionnelle repose sur l'accord des deux parties : ni le salarié ni l'employeur ne peut l'imposer à l'autre. En cas de refus, le salarié peut démissionner ou l'employeur engager, s'il en a un motif, une procédure de licenciement.

Peut-on se rétracter après avoir signé ?

Oui, pendant 15 jours calendaires à partir du lendemain de la signature. Il suffit d'adresser à l'autre partie une lettre, par exemple en recommandé avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Aucun motif n'est à donner.

Peut-on négocier une indemnité supérieure au minimum ?

Oui. Le minimum est l'indemnité légale de licenciement, ou l'indemnité prévue par la convention collective si elle est plus favorable, mais le montant se négocie librement au-delà. Un avocat en droit du travail peut vous aider à évaluer ce qui est raisonnable au regard de votre situation.

Un salarié protégé peut-il signer une rupture conventionnelle ?

Oui, mais la procédure est différente : la rupture doit être autorisée par l'inspecteur du travail, et non simplement homologuée ; pour certains mandats (notamment les élus du CSE), le CSE doit aussi être consulté. Sans réponse de l'inspecteur dans les 2 mois, la demande est considérée comme refusée.

Sources

Ce guide donne une information générale et ne remplace pas le conseil d'un avocat sur votre situation. Il est mis à jour lorsque les règles changent ; signalez-nous toute erreur via le formulaire de contact.

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