Livre blanc

L'IA au cabinet d'avocats en 2026

Recherche, rédaction, analyse de pièces, e-mails, accueil téléphonique : l'intelligence artificielle est entrée dans la plupart des tâches d'un cabinet. Ce livre blanc fait le point sur ce qu'elle apporte, sur ce que la déontologie, l'AI Act et le RGPD exigent en 2026, et sur la façon de la déployer sans mettre en jeu le secret professionnel.

Par la rédaction Avocat LexiaMis à jour le 20 min de lecture
En 30 secondes
Pour qui ?
Avocats et cabinets qui utilisent ou envisagent des outils d'IA
Règle d'or
Aucune donnée d'un dossier dans un outil qui n'offre pas de garanties de confidentialité
AI Act
Transparence (article 50) applicable depuis le 2 août 2026 ; haut risque reporté au 2 décembre 2027
Référence
Guide du CNB « La déontologie et l'intelligence artificielle », 1re édition, avril 2026
Ce que vous allez apprendre
  • L'IA générative est un outil d'assistance : l'avocat reste seul responsable de l'analyse, du conseil et des actes qu'il signe.
  • Le secret professionnel interdit de confier des données de dossier à un outil qui ne garantit ni leur confidentialité ni leur non-réutilisation ; pseudonymisez par défaut.
  • Le guide du CNB d'avril 2026 recommande une vérification systématique des résultats, une charte d'usage interne et une information adaptée du client.
  • Le cabinet qui utilise un système d'IA est un « déployeur » au sens de l'AI Act : il doit soutenir la maîtrise de l'IA de ses équipes et respecter les règles de transparence.
  • Le règlement Omnibus IA (UE) 2026/1744 a reporté les obligations des systèmes à haut risque de l'annexe III au 2 décembre 2027.
  • Le cabinet reste responsable de traitement au sens du RGPD : contrat de sous-traitance, analyse des transferts hors UE et information des personnes sont à vérifier avant tout déploiement.
  • Un déploiement réussi part d'un cas d'usage précis, passe par un test encadré et se termine par une formation et une règle écrite.
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Les outils d'intelligence artificielle générative (IAG) ne sont plus réservés aux grandes structures. Moteurs de recherche juridique dotés d'un assistant, logiciels de rédaction, outils de tri des e-mails, agents vocaux qui décrochent le téléphone : un cabinet individuel peut aujourd'hui en utiliser plusieurs sans l'avoir vraiment décidé.

Le cadre s'est précisé en 2026. Le Conseil national des barreaux (CNB) a publié en avril 2026 la première édition de son guide « La déontologie et l'intelligence artificielle ». Le règlement européen sur l'IA (AI Act) applique depuis le 2 août 2026 ses règles de transparence, tandis que le règlement « Omnibus » du 8 juillet 2026 a décalé le calendrier des systèmes à haut risque. Ce livre blanc rassemble ces règles et propose une méthode pour déployer l'IA au cabinet sans compromettre le secret professionnel.

1. Panorama des usages de l'IA au cabinet

Six familles d'usages se dégagent. Elles n'exposent pas les mêmes données et n'appellent donc pas le même niveau de vigilance.

Usage Ce que fait l'outil Données exposées Vigilance
Recherche juridique Répond à une question de droit, résume des décisions, propose des références Faible si la question est formulée de façon abstraite Vérifier chaque référence citée
Rédaction Produit un premier jet de courrier, de clause, de conclusions ou de note Variable : dépend du contexte fourni Pseudonymiser les faits, relire intégralement
Analyse de pièces Résume un contrat, extrait des dates, compare des versions, repère des clauses Élevée : les pièces entières sont transmises Outil offrant des garanties contractuelles fortes
E-mails Trie la boîte de réception, résume les fils, propose des réponses Élevée : correspondances couvertes par le secret Hébergement, non-réutilisation, contrôle des accès
Accueil téléphonique Répond aux appels, qualifie la demande, transfère les urgences, prend des messages Moyenne : identité de l'appelant et objet de l'appel Information de l'appelant, script validé, transfert vers un humain
Prise de rendez-vous Propose des créneaux, envoie des confirmations et des rappels Moyenne : l'agenda est couvert par le secret Contenu minimal des rappels, accès restreints

Recherche et rédaction

C'est l'usage le plus répandu, et celui où les erreurs sont les plus visibles. Un assistant de recherche peut formuler une réponse plausible mais fausse, ou citer une décision qui n'existe pas. Le guide du CNB appelle ce phénomène « hallucination » : la production d'une information fausse ou trompeuse présentée comme crédible.

Pour la rédaction, l'outil fait gagner du temps sur la structure et la formulation. Il ne remplace ni la qualification juridique des faits ni la stratégie.

Analyse de pièces et e-mails

Ces usages sont les plus sensibles : ils supposent de transmettre à l'outil des documents entiers, avec les noms des parties, des montants, des données de santé ou des éléments pénaux. Ils ne sont envisageables qu'avec un outil dont vous connaissez précisément l'hébergement, la politique de conservation et les engagements contractuels.

Accueil téléphonique et prise de rendez-vous

Un agent vocal peut répondre en dehors des heures d'ouverture, poser des questions de premier niveau, orienter vers le bon interlocuteur et transférer les urgences. Un module de réservation en ligne propose des créneaux et envoie des rappels. Ces outils touchent au premier contact avec le client : ils doivent respecter à la fois l'obligation de transparence de l'AI Act, le secret professionnel et les règles de conflit d'intérêts. Le livre blanc Organiser l'accueil client du cabinet détaille ce point.

2. Bénéfices et limites : ce qu'il faut attendre de l'IA

Ce que l'IA apporte

  • Du temps sur les tâches répétitives : premier jet, résumé, extraction de dates, tri des messages.
  • Une disponibilité étendue : réponse aux appels et prise de rendez-vous en dehors des heures d'ouverture.
  • Une aide à la relecture : repérage d'incohérences, de clauses manquantes, de fautes de frappe.
  • Une meilleure traçabilité des demandes entrantes, si l'outil est bien paramétré.

Aucune statistique officielle ne mesure aujourd'hui ces gains pour la profession. Méfiez-vous des chiffres avancés par les éditeurs : mesurez vous-même le temps gagné pendant la phase de test (voir chapitre 6).

Ce que l'IA ne fait pas

  • Elle ne garantit pas l'exactitude. Les modèles sont probabilistes : la CNIL rappelle qu'ils peuvent produire des résultats inexacts mais plausibles.
  • Elle ne connaît pas votre dossier au-delà de ce que vous lui transmettez, et ce que vous lui transmettez pose une question de secret.
  • Elle reproduit des biais présents dans ses données d'entraînement. Le guide du CNB mentionne aussi le risque de « complaisance vis-à-vis de l'automatisation » : faire confiance au résultat parce qu'il est bien rédigé.
  • Elle n'engage pas sa responsabilité. C'est celle de l'avocat qui est en cause.

Les juridictions ont déjà réagi

Le guide du CNB recense plusieurs décisions françaises rendues entre décembre 2025 et février 2026 (tribunal judiciaire de Périgueux, tribunaux administratifs d'Orléans et de Rennes, cour administrative d'appel de Bordeaux) qui relèvent des références jurisprudentielles inexistantes ou invitent les parties à vérifier les références produites. Il cite aussi des décisions étrangères ayant sanctionné des avocats pour des précédents inventés.

Le guide du CNB est explicite : l'avocat qui recourt à des contenus générés par l'IA sans vérification appropriée prend le risque de produire des éléments erronés, ce qui est de nature à engager sa responsabilité civile, voire disciplinaire.

3. Le cadre déontologique : ce que dit le CNB

Le guide « La déontologie et l'intelligence artificielle » (1re édition, avril 2026), élaboré par la commission des règles et usages du CNB, applique les principes existants à l'IA. Il complète un premier guide pratique sur l'utilisation de l'IA générative (2024) et une grille de lecture pour le choix des outils (juin 2025).

Le secret professionnel

Le secret est d'ordre public, général, absolu et illimité dans le temps (article 2 du Règlement intérieur national, RIN ; article 4 du code de déontologie des avocats issu du décret n° 2023-552 du 30 juin 2023 ; article 66-5 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971). Il couvre notamment les consultations, les correspondances, les notes d'entretien, le nom des clients et l'agenda (RIN, article 2.2).

Le guide du CNB pose une règle simple : l'avocat doit veiller à ne jamais communiquer à une IA générative des données relatives à ses dossiers ou à ses clients lorsqu'elle n'offre pas les garanties nécessaires. Concrètement :

  • ne pas saisir le nom du client ni d'information confidentielle ;
  • ne pas joindre de fichier contenant des noms ou des éléments confidentiels ;
  • pseudonymiser (remplacer les noms par des lettres, par exemple) ou anonymiser (rendre l'identification impossible de façon irréversible, par exemple en remplaçant une date par une année) ;
  • limiter le contexte fourni au strict nécessaire ;
  • privilégier les outils qui garantissent la non-réutilisation des données.

Attention à la réidentification : un montant, un nom de projet ou un style rédactionnel peut suffire à retrouver une personne ou une société, même sans nom.

Compétence, diligence et prudence

L'article 1.3 du RIN et l'article 3 du code de déontologie imposent compétence, diligence et prudence. Le guide du CNB en tire trois conséquences :

  1. Se former au fonctionnement, aux limites et au niveau de sécurité des outils utilisés.
  2. Vérifier systématiquement les résultats : relire, contrôler chaque référence, comparer avec la décision officielle avant toute transmission au client ou à la juridiction.
  3. Veiller aux droits de tiers : s'assurer que les conditions d'utilisation de l'outil ne permettent pas au fournisseur de s'approprier les documents transmis (conclusions adverses, contrats, articles de doctrine).

Conscience et indépendance

L'IA ne doit jamais se substituer à l'avocat. Le guide du CNB demande de conserver « libre arbitre, esprit critique et autonomie dans l'analyse et la prise de décision » : analyser chaque suggestion, la confronter à l'expérience et à la jurisprudence, ne la retenir que si elle sert l'intérêt du client.

Conflits d'intérêts

L'article 7 du code de déontologie et l'article 4 du RIN interdisent notamment d'accepter un nouveau client si le secret des informations données par un ancien client risque d'être violé. Le guide du CNB en déduit une exigence propre à l'IA : s'assurer que les données transmises à un outil ne peuvent pas être réutilisées pour d'autres dossiers, en particulier lorsque l'outil est partagé entre plusieurs équipes ou alimenté par une base documentaire commune.

Information du client

Aucune règle n'impose d'informer systématiquement le client. Le guide du CNB recommande :

  • de décider selon le contexte, la nature du dossier et les attentes du client ;
  • d'informer systématiquement le client qui interroge l'avocat sur ses méthodes de travail ;
  • d'obtenir son consentement si ses données servent à entraîner un système d'IA interne ;
  • de préciser, lorsqu'un robot conversationnel répond au public, qu'il s'agit d'un système d'IA et non d'une personne ;
  • d'avertir le client des risques qu'il prend lui-même en soumettant les productions de l'avocat à une IA non sécurisée.

L'information du client ne limite pas la responsabilité de l'avocat. Le CNB propose une clause type pour la convention d'honoraires, reprise dans ses modèles révisés : elle précise que les outils d'IA interviennent « à titre d'assistance technique » et que l'analyse et le jugement professionnels « restent exclusivement humains ».

Honoraires

Les honoraires tiennent compte, selon les usages, de la situation de fortune du client, de la difficulté de l'affaire, des frais exposés, de la notoriété et des diligences de l'avocat (article 10 de la loi du 31 décembre 1971 ; article 11 du RIN). Le guide du CNB demande qu'ils restent « justes, prévisibles et proportionnés au service rendu », en tenant compte du temps gagné, du coût des outils et de la responsabilité que l'avocat conserve sur le contenu produit.

Check-list déontologique

  • [ ] Aucun nom de client ni pièce identifiante dans un outil non validé par le cabinet.
  • [ ] Pseudonymisation par défaut pour toute requête sur un dossier.
  • [ ] Chaque référence juridique produite par l'IA est vérifiée à la source avant usage.
  • [ ] Les conditions d'utilisation de l'outil excluent la réutilisation et l'appropriation des données.
  • [ ] Les données d'un dossier ne peuvent pas nourrir les réponses fournies sur un autre dossier.
  • [ ] La convention d'honoraires contient, si vous le jugez utile, la clause d'information sur l'IA.
  • [ ] Les robots qui répondent au public se présentent comme des systèmes d'IA.

4. L'AI Act : les obligations d'un cabinet déployeur

Qui est concerné ?

Le règlement (UE) 2024/1689 distingue principalement le fournisseur, qui développe et met sur le marché un système d'IA, et le déployeur, qui l'utilise sous sa propre autorité dans un cadre professionnel. Un cabinet qui souscrit à un outil de recherche, à un assistant de rédaction ou à un agent vocal est un déployeur. S'il développe lui-même un outil, ou le met sur le marché sous son nom, il peut aussi devenir fournisseur.

Le calendrier en vigueur au 28 septembre 2026

Le règlement Omnibus numérique sur l'IA, règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026, publié au Journal officiel le 24 juillet 2026, est entré en vigueur le 27 juillet 2026. Il a modifié plusieurs échéances.

Échéance Ce qui s'applique
1er août 2024 Entrée en vigueur du règlement (UE) 2024/1689
2 février 2025 Pratiques d'IA interdites ; obligation relative à la maîtrise de l'IA (article 4)
2 août 2025 Obligations des fournisseurs de modèles d'IA à usage général
2 août 2026 Application générale, dont les obligations de transparence de l'article 50
2 décembre 2026 Fin de la période transitoire pour le marquage des contenus générés par des systèmes mis sur le marché avant le 2 août 2026
2 décembre 2027 Systèmes à haut risque de l'annexe III (dont l'emploi et le recrutement) — date reportée par l'Omnibus
2 août 2028 Systèmes à haut risque intégrés à des produits réglementés (annexe I)

Maîtrise de l'IA (article 4)

Dans sa version modifiée par l'Omnibus, l'article 4 demande aux fournisseurs et aux déployeurs de prendre des mesures pour soutenir le développement de la maîtrise de l'IA de leur personnel et des personnes qui utilisent les systèmes pour leur compte. Le texte initial exigeait de « garantir » un niveau suffisant de maîtrise. L'obligation reste réelle : formation, consignes écrites, accompagnement des nouveaux arrivants. Gardez une trace de ces actions.

Transparence (article 50)

Depuis le 2 août 2026 :

  • les systèmes destinés à interagir directement avec des personnes (robot conversationnel sur le site, agent vocal au téléphone) doivent être conçus pour que ces personnes sachent qu'elles s'adressent à une IA, sauf si c'est évident. L'obligation pèse sur le fournisseur, mais c'est au cabinet de s'assurer que l'annonce est bien faite dans son paramétrage ;
  • les contenus générés (textes, images, sons, vidéos) doivent pouvoir être identifiés comme tels par les fournisseurs ;
  • les déployeurs qui diffusent des hypertrucages ou des textes publiés pour informer le public sur des questions d'intérêt public doivent signaler leur origine artificielle. Pour les textes, cette obligation ne s'applique pas lorsque le contenu a fait l'objet d'une relecture humaine et qu'une personne en assume la responsabilité éditoriale. Un article de blog rédigé avec l'aide de l'IA et relu par l'avocat qui le signe et en assume la responsabilité peut entrer dans cette exception.

Les systèmes à haut risque

L'annexe III du règlement liste les usages à haut risque. L'administration de la justice y figure, mais pour les systèmes destinés à être utilisés par une autorité judiciaire ou pour son compte, ou de manière similaire dans les modes alternatifs de règlement des litiges. Les outils de recherche, de rédaction ou d'accueil d'un cabinet n'en relèvent donc pas en principe.

Un point concerne en revanche tous les cabinets employeurs : les systèmes utilisés pour le recrutement ou la sélection des candidats, ou pour des décisions relatives aux relations de travail, sont à haut risque. À partir du 2 décembre 2027, le déployeur d'un tel système devra notamment l'utiliser conformément à la notice du fournisseur, confier le contrôle humain à des personnes compétentes, veiller à la pertinence des données d'entrée, surveiller le fonctionnement, conserver les journaux générés et informer les représentants du personnel et les personnes concernées (article 26).

Les pratiques interdites

Les pratiques interdites depuis le 2 février 2025 (notation sociale, manipulation, reconnaissance des émotions sur le lieu de travail, sauf exceptions médicales ou de sécurité, etc.) concernent peu l'activité d'un cabinet. L'Omnibus y ajoute, à compter du 2 décembre 2026, la génération de contenus intimes non consentis et de contenus pédocriminels. Vérifiez simplement qu'aucun outil d'analyse des appels ou de la visioconférence ne prétend détecter les émotions de vos collaborateurs.

Les sanctions

L'article 99 du règlement prévoit des amendes administratives dont les plafonds varient selon la gravité du manquement : jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires annuel mondial pour les pratiques interdites, jusqu'à 15 millions d'euros ou 3 % pour les autres obligations, et jusqu'à 7,5 millions d'euros ou 1 % pour la fourniture d'informations inexactes, incomplètes ou trompeuses aux autorités. Pour les PME, le montant le plus bas des deux s'applique.

Check-list AI Act

  • [ ] Inventaire des systèmes d'IA utilisés au cabinet, y compris les fonctions intégrées aux logiciels existants.
  • [ ] Rôle du cabinet identifié pour chacun (déployeur ou fournisseur).
  • [ ] Actions de formation et consignes écrites, datées et conservées (article 4).
  • [ ] Annonce « vous échangez avec un assistant automatisé » vérifiée sur le robot du site et l'agent vocal (article 50).
  • [ ] Relecture humaine et signature des contenus publiés avec l'aide de l'IA.
  • [ ] Aucun outil de recrutement automatisé sans analyse préalable des obligations applicables au 2 décembre 2027.

5. RGPD : les points de contrôle avant d'utiliser un outil

L'AI Act ne remplace pas le RGPD : les deux s'appliquent. Le guide pratique « Les avocats et le RGPD » (CNB, 2e édition, mai 2023) rappelle que l'avocat, en raison de son indépendance, est responsable de traitement pour les données de ses clients, et non sous-traitant.

Qualifier l'éditeur de l'outil

L'éditeur qui traite des données pour le compte du cabinet est en principe sous-traitant. Un contrat conforme à l'article 28 du RGPD est alors obligatoire : objet et durée du traitement, instructions, confidentialité, sécurité, sous-traitants ultérieurs, sort des données en fin de contrat, audits. Si l'éditeur réutilise les données pour entraîner ses modèles, il agit pour son propre compte : c'est un signal d'alerte au regard du secret.

Vérifier l'hébergement et les transferts

Le guide du CNB d'avril 2026 pose un prérequis : les données ne doivent pas être réutilisées pour l'entraînement du modèle. Il classe ensuite quatre critères de souveraineté par ordre de priorité : (1) le lieu d'hébergement des données clients (France ou Union européenne) ; (2) la nationalité de l'entreprise qui détient les serveurs ; (3) le lieu d'hébergement du modèle de langage ; (4) la nationalité de l'entreprise qui détient les serveurs du modèle. En cas de transfert hors de l'Union européenne, le RGPD impose un encadrement (décision d'adéquation ou garanties appropriées).

Minimiser et sécuriser

  • Ne transmettre que les données nécessaires à la tâche (principe de minimisation).
  • Fixer une durée de conservation des requêtes et des documents : le guide du CNB recommande de privilégier les outils qui suppriment automatiquement les requêtes après la réponse.
  • Exiger le chiffrement en transit et au repos, une journalisation des accès et l'impossibilité, pour le personnel du fournisseur, d'accéder aux données.
  • Mettre à jour le registre des activités de traitement (article 30 du RGPD).

Évaluer la nécessité d'une analyse d'impact

Une analyse d'impact (AIPD, article 35 du RGPD) est requise lorsque le traitement est susceptible d'engendrer un risque élevé. Le guide RGPD du CNB rappelle que les avocats traitent régulièrement des données sensibles (santé, opinions, infractions). Un outil qui analyse des pièces ou des correspondances en volume justifie au minimum que la question soit posée et tranchée par écrit.

Informer les personnes

Les mentions d'information (article 13 du RGPD) doivent couvrir les nouveaux traitements : transcription des appels par un agent vocal, tri automatisé des e-mails, prise de rendez-vous en ligne. Le guide RGPD du CNB propose des modèles à intégrer dans la convention d'honoraires.

Les recommandations de la CNIL

Dans ses premières précisions sur le déploiement de l'IA générative (juillet 2024), la CNIL recommande de :

  1. partir d'un besoin identifié plutôt que d'un outil ;
  2. définir les usages autorisés et interdits, par exemple en excluant la saisie de données personnelles ;
  3. connaître les limites du système ;
  4. choisir un déploiement robuste et sécurisé, en préférant lorsque c'est possible des systèmes locaux ou spécialisés ;
  5. former les utilisateurs ;
  6. organiser une gouvernance associant, dès le début, les personnes chargées de la protection des données et de la sécurité.

La CNIL a annoncé dans son programme de travail 2026 des précisions sur la transcription et l'analyse automatisées de la voix : si vous utilisez un agent vocal, suivez ces publications.

6. Méthode de déploiement : du cas d'usage à la charte

Les étapes

  1. Choisir un cas d'usage précis. Partez d'une tâche identifiée, fréquente et mesurable : « répondre aux appels manqués entre 12 h et 14 h », « produire un premier jet de mise en demeure », « résumer les pièces reçues en communication ». Évitez l'objectif vague « utiliser l'IA ».
  2. Classer les données en jeu. Pour ce cas d'usage, quelles données l'outil verra-t-il ? Aucune donnée client, données pseudonymisées, pièces complètes ? Le niveau d'exigence envers l'outil en découle.
  3. Présélectionner deux ou trois outils à l'aide de la grille du chapitre 7 et obtenir les documents contractuels : conditions générales, contrat de sous-traitance, politique de sécurité, lieu d'hébergement.
  4. Tester sur des données fictives ou anonymisées pendant quelques semaines, avec un protocole simple : mêmes tâches, temps passé avant et après, erreurs relevées, corrections nécessaires. Le guide du CNB suggère, pour les outils juridiques, de s'appuyer sur des jeux de tests (il cite la méthode LegalBench).
  5. Décider et documenter. Retenez ou écartez l'outil au vu des résultats. Consignez la décision, les réglages retenus et les usages autorisés.
  6. Rédiger la charte interne (voir ci-dessous) et la faire connaître à toute l'équipe.
  7. Former avant l'ouverture de l'accès : fonctionnement, limites, règles de pseudonymisation, vérification des résultats.
  8. Revoir périodiquement : incidents, évolutions de l'outil et de ses conditions d'utilisation, nouveaux usages demandés par l'équipe.

La charte interne d'usage de l'IA

Le guide du CNB recommande de mettre en place une charte d'usage, de communiquer clairement les modalités et finalités de l'utilisation aux membres du cabinet et de documenter les processus. Une charte utile tient en deux ou trois pages et répond à ces questions :

Rubrique Contenu attendu
Outils autorisés Liste nominative, avec le compte à utiliser (professionnel, jamais personnel)
Usages autorisés Par outil : recherche, rédaction, résumé, accueil, etc.
Usages interdits Par exemple : saisie de pièces non pseudonymisées dans un outil généraliste, décision sans relecture
Données Règles de pseudonymisation, catégories de données exclues (santé, pénal, mineurs)
Vérification Obligation de contrôler chaque référence et de relire intégralement avant envoi
Information du client Quand et comment informer ; clause de la convention d'honoraires
Incidents Qui prévenir en cas de fuite, d'erreur significative ou de comportement anormal de l'outil
Référent Personne chargée de tenir la liste des outils et de répondre aux questions
Révision Date de la prochaine mise à jour

La formation

La formation répond à la fois à l'exigence de compétence (RIN, article 1.3) et à l'article 4 de l'AI Act. Le CNB propose, avec Lefebvre Dalloz, un parcours de formation gratuit sur la plateforme Skilia, présenté dans son guide d'avril 2026. Complétez-le par une session interne sur vos outils et votre charte, et conservez la liste des participants.

7. Grille d'évaluation des outils d'IA

Cette grille reprend les quatre familles de critères de la grille de lecture du CNB (juin 2025) et du guide d'avril 2026 : souveraineté, confidentialité et sécurité, fiabilité, fonctionnalités. Ajoutez-y les critères contractuels et économiques propres à votre cabinet. Notez chaque critère de 0 à 2 et fixez des critères éliminatoires.

Critère Question à poser à l'éditeur Pièce à obtenir Éliminatoire ?
Hébergement des données Où sont stockées les données, y compris les sauvegardes ? Contrat ou annexe sécurité Oui si hors UE sans encadrement
Hébergement du modèle Où tourne le modèle de langage utilisé ? Par qui est-il fourni ? Documentation technique À apprécier
Nationalité des prestataires L'éditeur ou son hébergeur est-il soumis à une législation extraterritoriale ? Liste des sous-traitants ultérieurs À apprécier
Réutilisation des données Les requêtes et documents servent-ils à entraîner un modèle ? Clause contractuelle explicite Oui
Conservation Combien de temps les requêtes sont-elles conservées ? Peut-on les supprimer ? Politique de conservation Non
Chiffrement Chiffrement en transit (TLS) et au repos ? Annexe sécurité Oui
Accès du personnel Le personnel de l'éditeur peut-il consulter les données ? Les accès sont-ils journalisés ? Politique d'accès Oui si accès libre
Contrat RGPD Un contrat de sous-traitance conforme à l'article 28 est-il fourni ? Contrat de sous-traitance Oui
Certifications L'éditeur ou l'hébergeur dispose-t-il de certifications de sécurité ? Certificats en cours de validité Non
Sources citées L'outil cite-t-il ses sources avec un lien vérifiable ? Démonstration Oui pour la recherche
Droit applicable L'outil est-il adapté au droit français et à ses sources officielles ? Démonstration, tests Non
Transparence AI Act L'agent ou le robot s'annonce-t-il comme une IA ? Démonstration, paramétrage Oui pour l'accueil
Réversibilité Peut-on exporter ses données et les faire supprimer en fin de contrat ? Contrat Non
Coût total Abonnement, utilisateurs, consommation, formation, temps de paramétrage Devis Non

Un outil qui refuse de fournir un contrat de sous-traitance ou de préciser l'hébergement des données ne doit pas recevoir de données de dossier, quelles que soient ses performances.

Plan d'action

Dans les 30 prochains jours

  • [ ] Dresser l'inventaire des outils d'IA utilisés au cabinet, y compris par des collaborateurs à titre individuel.
  • [ ] Suspendre tout usage d'un outil grand public avec des données de dossier.
  • [ ] Télécharger et diffuser le guide du CNB « La déontologie et l'intelligence artificielle ».
  • [ ] Vérifier que le robot du site et l'éventuel agent vocal s'annoncent comme des systèmes d'IA.

Dans les 60 jours

  • [ ] Choisir un ou deux cas d'usage prioritaires et les tester sur des données fictives ou anonymisées.
  • [ ] Évaluer les outils présélectionnés avec la grille du chapitre 7 et obtenir les contrats de sous-traitance.
  • [ ] Mettre à jour le registre des traitements et les mentions d'information.
  • [ ] Décider d'insérer ou non la clause IA du CNB dans vos conventions d'honoraires.

Dans les 90 jours

  • [ ] Adopter la charte interne d'usage de l'IA et désigner un référent.
  • [ ] Former l'équipe et conserver la trace de la formation (article 4 de l'AI Act).
  • [ ] Fixer une date de revue semestrielle des outils, de la charte et du calendrier de l'AI Act.

La suite Lexia, éditée par Yoligo SAS, propose aux cabinets des outils pour plusieurs des usages décrits dans ce document : Lexia Voix, un agent vocal qui répond aux appels du cabinet 24 h/24, qualifie les demandes et transfère les urgences (à partir de 69 € par mois) ; Lexia Agenda pour la prise de rendez-vous en ligne et les rappels SMS (à partir de 89 € par mois) ; Lexia Mail pour le tri et la rédaction d'e-mails ; Lexia Secure, coffre-fort chiffré de secrets professionnels ; et Lexia Assistant. Appliquez-leur la même grille d'évaluation qu'à tout autre outil. Pour en savoir plus, consultez la présentation de Lexia ou demandez une démonstration.

Questions fréquentes

Dois-je informer mon client que j'utilise l'IA ?

Aucun texte ne l'impose de manière générale. Le guide du CNB d'avril 2026 recommande de décider selon le contexte, d'informer systématiquement le client qui pose la question et d'obtenir son accord si ses données servent à entraîner un outil interne. Le CNB propose une clause type à insérer dans la convention d'honoraires.

Puis-je utiliser un assistant d'IA grand public gratuit ?

Avec une grande prudence, et jamais avec des données de dossier. Le guide du CNB demande de ne transmettre ni nom de client ni information confidentielle, de pseudonymiser ou d'anonymiser systématiquement, et de privilégier des outils qui garantissent la non-réutilisation des données.

Mon cabinet est-il concerné par les obligations « haut risque » de l'AI Act ?

En principe, les outils de recherche, de rédaction ou d'accueil utilisés par un avocat ne relèvent pas des systèmes à haut risque. En revanche, un outil d'aide au recrutement (tri de candidatures) entre dans l'annexe III. Ces obligations s'appliqueront à partir du 2 décembre 2027, depuis le règlement Omnibus IA.

Faut-il signaler à la juridiction l'usage de l'IA dans des conclusions ?

Non. Le guide du CNB relève qu'aucune règle n'impose à l'avocat d'indiquer les moyens humains, technologiques ou documentaires utilisés pour préparer son dossier. Les écritures doivent en revanche être de même qualité, ce qui suppose de vérifier chaque référence citée.

Sources

Ce guide donne une information générale et ne remplace pas le conseil d'un avocat sur votre situation. Il est mis à jour lorsque les règles changent ; signalez-nous toute erreur via le formulaire de contact.

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