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Convention d'honoraires et facturation : les règles pour l'avocat

Depuis la loi du 6 août 2015, la convention d'honoraires écrite est obligatoire dans presque tous les dossiers. La facturation, elle, change avec la généralisation de la facture électronique entre 2026 et 2027. Voici ce qu'il faut savoir, de la signature de la convention à la contestation devant le bâtonnier.

Par la rédaction Avocat LexiaMis à jour le 8 min de lecture
En 30 secondes
Convention
Écrite et obligatoire, sauf urgence, force majeure ou aide juridictionnelle totale
Modes
Forfait, temps passé, honoraire complémentaire de résultat ; pacte de quota litis interdit
Facture électronique
Réception obligatoire depuis le 1er septembre 2026 ; émission au 1er septembre 2027 pour les PME et microentreprises
Contestation
Bâtonnier (4 mois, prorogeables une fois), puis premier président de la cour d'appel

Une convention écrite, dans presque tous les cas

L'article 10 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-990 du 6 août 2015, impose à l'avocat de conclure par écrit une convention d'honoraires avec son client. Trois exceptions seulement :

  • l'urgence ;
  • la force majeure ;
  • l'intervention au titre de l'aide juridictionnelle totale.

La règle est reprise par l'article 10 du code de déontologie des avocats (décret n° 2023-552 du 30 juin 2023) et par l'article 11.2 du RIN. Elle vaut pour le contentieux comme pour le conseil, et pour une consultation isolée comme pour un dossier long.

Avant même la signature, l'avocat informe son client, dès sa saisine, des modalités de détermination des honoraires, puis de leur évolution prévisible (article 10 du code de déontologie, article 11.1 du RIN).

Que doit contenir la convention ?

La loi exige que la convention précise le montant ou le mode de détermination des honoraires couvrant les diligences prévisibles, ainsi que les divers frais et débours envisagés. En pratique, une convention solide comporte :

  • l'identité des parties et l'objet précis de la mission ;
  • le mode de calcul retenu et, s'il y a lieu, le taux horaire ou le forfait ;
  • les frais et débours (déplacements, frais de greffe, huissier, expertise) et leur mode de refacturation ;
  • le régime des provisions ;
  • les modalités de facturation et de paiement ;
  • ce qui se passe en cas de dessaisissement ou de fin anticipée de la mission ;
  • l'information sur le médiateur de la consommation de la profession d'avocat, lorsque le client est un consommateur ;
  • les mentions d'information prévues par le RGPD, ou un renvoi à la politique de confidentialité du cabinet.

À défaut de convention, ou si elle ne règle pas la question, les honoraires sont fixés selon les usages, en fonction de la situation de fortune du client, de la difficulté de l'affaire, des frais exposés, de la notoriété de l'avocat et des diligences accomplies (article 10 de la loi de 1971).

Les modes de rémunération

Mode Principe Point d'attention
Forfait Prix global pour une prestation définie Délimiter précisément ce que le forfait couvre et ce qui en sort
Temps passé Taux horaire × temps consacré Tenir un relevé des diligences, communicable au client
Honoraire complémentaire de résultat Supplément fonction du résultat obtenu ou du service rendu Toujours en plus d'une rémunération des prestations ; critères de calcul explicites
Abonnement Somme périodique pour un volume de conseil Définir le volume couvert et le traitement des dépassements

Le pacte de quota litis est interdit : aucun honoraire ne peut être fixé uniquement en fonction du résultat judiciaire (article 10 de la loi de 1971, article 11.3 du RIN). Un honoraire de résultat n'est licite que s'il s'ajoute à une rémunération des prestations effectuées.

Provisions et compte détaillé

L'avocat qui accepte un dossier peut demander le versement préalable d'une provision sur frais et honoraires. Elle ne peut pas excéder une estimation raisonnable des honoraires et débours probables (article 11 du code de déontologie, article 11.6 du RIN). À défaut de paiement, l'avocat peut, dans les conditions prévues par ces textes, renoncer à s'occuper de l'affaire, en prenant les précautions nécessaires pour ne pas compromettre les intérêts du client.

L'avocat tient à tout moment, pour chaque dossier, un compte des honoraires et des sommes reçues. Avant tout règlement définitif, il remet au client un compte détaillé distinguant frais et débours, émoluments et honoraires, et mentionnant les sommes déjà reçues (article 12 du code de déontologie, article 11.7 du RIN).

Facturation : mentions et TVA

La facture ou note d'honoraires comporte les mentions prévues par le Code général des impôts, notamment : date et numéro unique, identité et adresse du cabinet et du client, numéro de TVA intracommunautaire, désignation précise des prestations, prix hors taxe, taux et montant de TVA, total TTC. Avec un client professionnel, s'ajoutent la date d'échéance, le taux des pénalités de retard et l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 € (Code de commerce).

La réforme de la facturation électronique ajoute quatre mentions : le numéro SIREN du client, la catégorie de l'opération (livraison de biens, prestation de services ou les deux), la mention de l'option pour le paiement de la TVA d'après les débits le cas échéant, et l'adresse de livraison si elle diffère de l'adresse de facturation.

Côté TVA, les honoraires d'avocat sont en principe soumis au taux normal. Pour les prestations de services, la TVA est exigible à l'encaissement, sauf option pour les débits : d'où l'importance de la mention précédente. Les avocats peuvent relever de la franchise en base, avec des règles et des seuils propres à la profession : vérifiez votre situation sur impots.gouv.fr ou avec votre expert-comptable.

La facture électronique : le calendrier en vigueur

Date Obligation
1er septembre 2026 Toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et ETI doivent aussi les émettre et transmettre leurs données (e-reporting).
1er septembre 2027 Les PME et microentreprises doivent émettre des factures électroniques et transmettre leurs données (e-reporting).

Ce qu'il faut retenir pour un cabinet :

  • Les factures entre assujettis établis en France (clients entreprises, confrères, fournisseurs) passent par une plateforme agréée, dans un format structuré. Un PDF envoyé par e-mail ne sera plus une facture conforme pour ces opérations.
  • Les honoraires facturés à des particuliers ne relèvent pas de la facture électronique, mais du e-reporting : le cabinet transmet à l'administration les données de ces transactions.
  • Les données de paiement doivent aussi être transmises pour les prestations de services dont la TVA est exigible à l'encaissement, ce qui est le cas général des honoraires.
  • Les entreprises en franchise en base de TVA sont également concernées.

La plupart des cabinets relèvent de la catégorie PME ou microentreprise : l'émission sera obligatoire au 1er septembre 2027, mais la réception l'est déjà. Si ce n'est pas fait, choisissez une plateforme agréée et vérifiez avec l'éditeur de votre logiciel de facturation qu'il s'y connecte.

Recouvrement et contestation

Avant toute procédure, une relance écrite rappelant la convention et joignant le compte détaillé règle une bonne partie des impayés. Gardez à l'esprit les délais de prescription : deux ans contre un client consommateur (article L218-2 du Code de la consommation), cinq ans en droit commun.

Les contestations sur le montant et le recouvrement des honoraires suivent une procédure spéciale, prévue par les articles 174 à 179 du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 :

  1. Saisine du bâtonnier. Par l'avocat ou par le client, par lettre recommandée avec avis de réception ou remise contre récépissé.
  2. Décision dans les quatre mois. Ce délai peut être prorogé une fois, pour la même durée, par décision motivée du bâtonnier.
  3. Recours devant le premier président de la cour d'appel. Dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision, ou suivant l'expiration du délai laissé au bâtonnier s'il n'a pas statué.
  4. Force exécutoire. Une décision du bâtonnier qui n'a pas été contestée peut être rendue exécutoire par ordonnance du président du tribunal judiciaire.

Le bâtonnier statue sur les honoraires, pas sur la responsabilité de l'avocat. Avec un client consommateur, celui-ci peut aussi saisir le médiateur de la consommation de la profession d'avocat, après une réclamation écrite adressée au cabinet.

Checklist

  • Un modèle de convention par type de mission, validé et à jour.
  • La convention signée avant les premières diligences, sauf urgence.
  • Un relevé de temps tenu au fil de l'eau pour les missions au temps passé.
  • Des provisions proportionnées et appelées régulièrement.
  • Des factures comportant les nouvelles mentions (SIREN du client, catégorie d'opération, option débits).
  • Une plateforme agréée choisie pour recevoir, puis émettre, les factures électroniques.
  • Un suivi des impayés tenant compte de la prescription de deux ans.

Questions fréquentes

La convention d'honoraires est-elle obligatoire pour une simple consultation ?

Oui. L'article 10 de la loi du 31 décembre 1971 impose une convention écrite dans tous les cas, sauf urgence, force majeure ou intervention au titre de l'aide juridictionnelle totale. Pour une consultation, une convention courte ou des conditions acceptées par écrit lors de la réservation suffisent, à condition de préciser le montant et ce qu'il couvre.

Peut-on être payé uniquement en cas de succès ?

Non. Toute fixation d'honoraires uniquement en fonction du résultat judiciaire est interdite : c'est le pacte de quota litis. La convention peut en revanche prévoir, en plus d'une rémunération des prestations effectuées, un honoraire complémentaire fonction du résultat obtenu ou du service rendu.

Un cabinet individuel est-il concerné par la facture électronique dès 2026 ?

Pour la réception, oui : depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir des factures électroniques. L'obligation d'émettre ne s'applique qu'au 1er septembre 2027 pour les PME et microentreprises, catégorie dont relèvent la plupart des cabinets. Choisissez dès maintenant une plateforme agréée.

Combien de temps un avocat a-t-il pour réclamer ses honoraires ?

Avec un client consommateur, l'action se prescrit par deux ans (article L218-2 du Code de la consommation). Avec un client professionnel, le délai de droit commun est de cinq ans. Facturez donc sans attendre la fin du dossier et relancez par écrit.

Le bâtonnier peut-il statuer sur une faute de l'avocat ?

Non. La procédure des articles 174 et suivants du décret du 27 novembre 1991 porte sur le montant et le recouvrement des honoraires. Une demande en responsabilité professionnelle relève du juge de droit commun, et non du bâtonnier statuant en matière d'honoraires.

Sources

Ce guide donne une information générale et ne remplace pas le conseil d'un avocat sur votre situation. Il est mis à jour lorsque les règles changent ; signalez-nous toute erreur via le formulaire de contact.

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